Contes africains
Aminata 
DIABY







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Quand j'étais petite fille, tous les soirs ma grand-mère nous contait des histoires, de merveilleuses histoires belles et colorées, drôles, effrayantes parfois mais que nous écoutions avec une attention extraordinaire. Pour rien au monde nous n'aurions laissé notre place…

Avant de commencer à raconter, elle disait : " talin, talin ?" et nous répondions: " talin dima ! ", ce qui signifiait " Une histoire, une histoire ? " et " une belle histoire ! ". Aminata DIABY

Même sans-papiers on peut avoir de la culture, de l'humour et de l'amour à revendre... Pendant 6 ans Aminata s'est battue pour elle-même et pour les autres avant d'obtenir le droit d'exister... C'est avec jubilation qu'elle nous restitue les histoires que lui contait sa grand-mère le soir à la veillée... à Ziguinchor en Casamance.

 

La Légende du Baobab

Le Bébé de la Cigogne

Djilan

Les Trois sourds

L'apprentissage de la Sagesse

L'Enfant Abandonnée

La Lentille

Le Tonkaulon

San et Soulou à la Pêche

Le Prince Fakkoly  

L'Homme et la Tortue

La Chèvre et le Gazelle

La Perdrix, le Lièvre et les Marchands de Sel

Bas de Page

San et Soulou à la pêche

  En réunissant leurs économies San, le lièvre et Soulou, la hyène, n'avaient pu acheter qu'une seule canne à pêche… aussi avaient-ils décidé de pêcher à tour de rôle et de se partager leurs prises. A la fin du premier jour ils n'avaient pris que deux poissons. Le lièvre malin demanda à la hyène : " Veux-tu emporter tout de suite ta part, l'une de ces deux petites carpes, ou préfères-tu me la laisser aujourd'hui et recevoir double part demain ? "

La hyène qui se croyait rusée, comptant bien sûr faire une meilleure pêche le lendemain, répondit : " Garde tout cette fois-ci et la prochaine fois tu me donneras toute ta pêche. " Le lendemain ils prirent quatre carpes. Le lièvre dit à la hyène: " Comme il a été convenu elles sont à toi, mais si tu me les donnes je t'en promets le double pour demain, j'ai en effet grand besoin de nourriture car mes beaux-parents sont venus voir leur fille sans me prévenir, c'est un marché très avantageux ! " N'y voyant pas malice, la hyène accepte ce nouveau marché… Le lendemain sous un nouveau prétexte le lièvre s'octroie une fois encore toute la pêche et cela dura une semaine entière. Le huitième jour alors que la pêche avait été d'une maigreur extrême, la hyène s'impatiente et impose d'emporter le seul poisson capturé. Mais le lièvre avait déjà imaginé une ruse pour la tromper une fois encore…

La hyène ayant quitté les lieux avec son poisson, le lièvre s'élance à sa poursuite en ayant soin de se cacher derrière les buissons qui bordent la piste et rapide comme le vent il dépasse la hyène et hors de sa vue s'arrête, s'étend sur le sentier et fait le mort. La hyène arrive devant l'animal inerte et pensant qu'il s'agit d'une ruse de son compère poursuit son chemin en ricanant… comme savent le faire toutes les hyènes ! Dès qu'elle fut hors de vue, le lièvre se relève et plus rapide qu'une gazelle, toujours en prenant soin de ne pas être vu, dépasse la hyène revient sur la piste, se couche à nouveau et fait le mort ! La hyène arrivant sur les lieux trouve un second lièvre en travers de son chemin. Ce ne pouvait plus être un piège de ce satané lièvre mais une épidémie soudaine qui était en train de s'abattre sur la tribu des lièvres et qui allait décimer la population ! D'ailleurs ce n'était pas la première fois… les lièvres étaient des bêtes fragiles. En attendant elle allait se régaler car elle avait eu tort de négliger le premier cadavre. Il lui fallait revenir sur ses pas manger le premier lièvre rencontré puis revenir sur celui-ci… et rassasiée elle en mettrait quelques morceaux de côté pour la famille ! La hyène posa le poisson sur le côté du sentier et entreprit de retourner à l'endroit où elle avait laissé la première victime. Evidemment elle ne trouva rien. Inquiète elle soupçonna quelque nouvelle supercherie et sans perdre de temps elle courut reprendre son poisson… Mais le lièvre s'était enfui depuis longtemps emportant la carpe et dînait maintenant joyeusement dans son gîte avec ses amis en riant de la stupidité de la hyène !

Cette histoire nous montre qu'il ne faut pas avoir les yeux plus grands que le ventre… car à trop vouloir le remplir on risque de l'avoir… vide !

 
 

 

 

Le Tonkaulon… (1)

 

Il était un fois un homme fort réputé pour sa capacité à mentir. Ce n'était pas un méchant homme mais il ne pouvait s'empêcher de tromper son monde et il en éprouvait même une grande satisfaction… c'était sa façon à lui de trouver que la vie était belle et qu'elle valait la peine d'être vécue !

Sa femme accoucha d'un garçon. Pendant toute la petite enfance de son fils, le père s'inquiétait et disait à qui voulait l'entendre - " Jamais cet enfant ne sera heureux dans la vie, il ne semble avoir aucun don pour le mensonge !" Son fils grandissant compris bien vite ce qui obsédait son pauvre père et pour le tranquilliser lui déclara un jour : " Ne t'inquiète pas ainsi père, je serai bien le digne héritier que tu as toujours souhaité que je sois !"

À quelque temps de là, frappé d'un mal étrange, le père quitte ce monde.

Effectivement le fils prend la relève de son père et commence à se bâtir une solide réputation de menteur ! Il semble même avoir encore plus de " talent " que son père ! Ce n'est pas peu dire !

Le jeune garçon qui ne manque pas d'imagination, envisage même de tester ses talents de menteur auprès du Roi !

Avant d'aller voir le roi, il achète un cheval et lui introduit délicatement dans le fondement quelques pièces d'or que lui avait laissé son père ! Puis il se rend au palais demande à voir le roi et lui déclare sans plus de cérémonie :

- " Je t'apporte un cheval dont le crottin contient de l'or… "

Incrédule le roi lui dit :

- " Comment te croire, petit menteur que tu es? "

- " Donne-lui à manger et dès qu'il crottera tu trouveras de l'or dans son crottin. "

- " Mais qui me prouve que tu me dis la vérité, rétorqua le Roi ?"

- " Fais-lui donner de l'herbe pour qu'il mange et tu verras… mais entendons-nous bien, le premier crottin sera pour moi ! "

Le Roi incrédule, mais curieux de voir la suite, donna son accord…. On apporta de l'herbe à l'animal et on attendit les premiers crottins !

La surprise du Roi fut totale en apercevant dans le premier crottin des pièces d'or que le jeune menteur s'empressa de mettre dans sa poche.

- " Je veux ton cheval à n'importe quel prix, dit-il au jeune homme. "

- " Si tu veux mon cheval il te faudra me donner la moitié de tes biens ! "

Le roi accepta le marché… et lui donna naïvement la moitié de ses bêtes, de son or et de ses terres !

Satisfait de son acquisition, le roi demanda à ses serviteurs de creuser un grand trou pour recueillir les crottins et de donner à manger au cheval autant qu'il en pourrait absorber.

Pendant toute une semaine le cheval mange, crotte, mange, crotte… mais point de pièces d'or ! Le fils du Roi qui était chargé de surveiller l'animal rendait compte chaque jour à son père des produits de son investissement !

- " Père, j'ai le regret de te dire que le garçon t'a menti et que le cheval n'a produit que du crottin sans un soupçon d'or ! "

- " Ce n'est pas possible, réplique le Roi, j'ai vu de mes propres yeux le miracle s'accomplir ; qu'on aille me chercher ce garçon… s'il m'a menti je le ferai mettre à mort ! "

Les serviteurs vont chercher le garçon… qui ne peut refuser l'invitation ! Mais avant de s'exécuter il leur dit :

- " Laissez-moi quelques minutes pour me préparer et acceptez que ma femme m'accompagne. "

Les serviteurs n'y voyant aucune malice acceptent et quelques instants plus tard tous se mettent en route pour se rendre au Palais.

Aussitôt arrivé le Roi lui fait part de son courroux !

- " Le cheval que tu m'as vendu ne fait pas de pièces d'or, tu m'as menti, tu mérites donc la mort… tu auras la tête tranchée dès ce soir. "

- " Sire, répond le garçon, ça ne servirait à rien j'ai un " Tonkaulon " qui redonne la vie… à peine occis et tu me verrais aussitôt ressusciter !"

Le roi lui dit :

- " Comment te croire fieffé menteur que tu es ! "

- " Rien de plus simple, je tue ma femme devant tes yeux et la fais revivre instantanément. "

Le Roi hésita, mais déclara :

- " Du moment qu'il s'agit de ton épouse tu en es responsable, tu fais ce que tu veux, je m'en lave les mains !

Le garçon sûr de lui, prends son couteau et poignarde sa femme. Aussitôt elle s'écroule sur le sol et gît inerte dans une mare de sang. Le Roi reste interdit devant tant de cruauté, mais le meurtrier sort un " Tonkaulon " de sa poche et en touche par trois fois la victime… qui dans l'instant ressuscite. Le roi n'en revient pas…

- " Comment est-ce possible ? Donne-moi cette queue de vache. "

- " Impossible, répond le garçon, cet objet coûte vraiment trop cher ! "

- " Quel est ton prix, demande alors le Roi ? "

- " Donne-moi tout : ton royaume, tes sujets, tes bêtes, tes terres et ton or et je te donnerai " le Tonkaulon ".

Le roi donna tout ce que le garçon réclamait et devint l'heureux possesseur de l'objet tant convoité !

Resté seul avec son épouse et ses enfants, le Roi voulut expérimenter le pouvoir du " Tonkaulon "… Il tua sa femme et ses enfants et chercha… mais en vain à leur redonner vie ! Désespéré et ruiné il partit loin très loin de son royaume et pleura tout le reste de sa vie…

Et c'est notre jeune menteur qui a remplacé le Roi qui a tout perdu par bêtise et cupidité…

 

(1) Extrémité de la queue de la vache… le Toupillon!

Note du conteur,

Rappelez-vous, quand les serviteurs sont venus chercher le jeune homme, celui-ci a demandé quelques minutes pour se préparer… c'était pour glisser sous les habits de sa femme une vessie remplie du sang d'un cochon, vessie qui a répandu son contenu et qui a fait croire au Roi que la femme avait été mortellement blessée !

 

 

Les Trois Sourds

 

Il était une fois un homme, sourd de naissance, mais sourd comme un pot, vraiment sourd… qui gardait des moutons parmi lesquels vivait un vieux bélier, vraiment très vieux et boiteux de surcroît ! Un beau matin tout le troupeau avait disparu… Le berger cherche alentour et doit se rendre à l'évidence: son troupeau avait bel et bien disparu !

Parti à la recherche de ses bêtes, le berger rencontre une femme, son bébé sur le dos, qui labourait son champ. Le berger s'approche et lui demande :

- " Aurais-tu vu un troupeau de moutons ? "

La femme qui n'avait rien compris car il vous faut savoir qu'elle aussi était sourde, très sourde, répond :

- " Mon champ s'étend jusqu'à là-bas, jusqu'à ces épineux, après c'est le champ de mon voisin. "

Le berger voyant la femme indiquer du doigt une direction, comprend que ses bêtes étaient passées par-là.

Il part vers l'endroit indiqué et par miracle retrouve son troupeau paissant paisiblement dans un champ d'arachides.

Il rassemble ses bêtes et revient vers la paysanne qui labourait toujours…

- " Je suis allé à l'endroit que tu m'as indiqué et j'ai bien retrouvé mon troupeau ! Merci, merci beaucoup, en récompense permets-moi de t'offrir ce mouton ! " dit le berger en lui désignant le vieux mouton boiteux…

La femme n'entendant rien de ce que pouvait lui dire le berger comprend qu'elle était accusée d'avoir blessé l'animal… En colère elle réplique:

- " Je suis arrivée dans mon champ au lever du soleil, j'ai labouré depuis l'aube sans répit, tu es venu me demander jusqu'où mon champ s'étendait, je t'ai répondu aimablement et maintenant tu m'accuses d'avoir blessé ton mouton? "

Ne réussissant à s'entendre (et pour cause) ils décident tous deux d'aller porter l'affaire devant le chef du village… qui lui aussi était " atoulomandi " sourd comme un pot !

Croyant qu'il s'agissait d'un couple en crise et qui plus est avec un bébé… le chef du village demande :

- " Alors que se passe t-il ? "

Le berger prend la parole et raconte calmement:

- " Ce matin j'ai perdu mon troupeau, je suis parti à sa recherche et cette femme m'ayant par ses indications permis de retrouver mes bêtes je lui ai fait, en récompense, cadeau d'un mouton… et comme le mouton que je lui offrais était boiteux elle a exigé de moi un mouton en parfaite santé, et je pense qu'elle exagère! "

Le chef du village n'entendant rien de ce que lui raconte le berger, rétorque :

- " Tu n'as pas honte de quitter ton épouse et ton enfant avec pour seul cadeau de rupture… un mouton boiteux ? Et puis on ne quitte pas si facilement sa femme et son enfant surtout si petit ! Garde ton mouton et rentrez tous les trois à la maison. "

La femme estimant que le jugement était en sa faveur et donc qu'elle n'était pour rien dans la claudication de l'animal… le remercie avec un large sourire et une profonde révérence.

Le berger estimant lui aussi avoir été compris lui fait cadeau d'un jeune agneau tout juste sevré.

Tous les trois se séparent satisfaits…

Et le chef du village très content du résultat de sa conciliation… de murmurer dans sa barbe blanche:

- " Il y a des jours où je suis vraiment fier de mon rôle de conciliateur… voilà un couple au bord de la rupture que j'ai réussi à rabibocher. "

 

Et la vie continua tranquille et paisible au village, mais aucun des trois ne recouvra l'ouïe !

Mais qu'est devenu le vieux mouton boiteux ? Je l'ignore… Personne ne l'a jamais revu…

 

 

 

La Légende du Baobab

 

Il était une fois, une jeune fille qui tous les matins avec ses trois amies allait pécher au marigot du poisson pour sa famille. Un jour, sur le chemin du retour, à l'entrée du village, elles rencontrent une vieille femme qu'elles ne connaissaient pas et qui leur demande si elles pouvaient chacune, lui donner quelques poissons… Les trois amies de la jeune fille déposent leur panier à terre et laissent la vieille femme choisir quelques poissons. La jeune fille qui elle, n'avait pas déposé son panier lui dit d'un ton hautain qu'elle en avait tout juste assez pour sa famille et qu'il n'était pas question qu'elle lui en donne, même un. La vieille femme lui dit : " ce n'est pas grave ma fille, avec ce que m'ont donné tes amies j'en ai bien assez pour aujourd'hui. "

Les quatre jeunes filles reprennent leur chemin en riant… et chacune rentre chez elle.

Le lendemain matin les mêmes quatre jeunes filles revenant du marigot rencontrent de nouveau la vieille femme qui comme la veille leur demande à chacune quelques poissons. La jeune fille qui avait refusé la veille de lui en donner se met alors en colère et lui dit :

- " Tu n'as même pas un enfant qui peut aller te chercher du poisson ? "

- " Mais non je n'ai pas d'enfant, " répond la vieille femme.

- " Mais que faisais-tu lorsque les femmes de ta génération mettaient des enfants au monde? " reprend la jeune fille.

- " C'est à moi que tu oses parler ainsi ? " rétorqua la vieille femme.

- " A qui veux-tu que ce soit ! " dit alors la jeune fille.

- " Ma fille, ce seront les derniers mots que tu prononceras… "

et aussitôt la jeune fille sous le regard médusé de ses compagnes se métamorphose lentement en un immense baobab qui depuis ce jour se dresse à l'entrée du village. En le regardant bien on distingue la figure et la poitrine d'une jeune fille ; quand on cueille un fruit (le pain de singe) on y trouve des cheveux, quand on incise l'écorce, du sang s'écoule et chaque fois qu'il y a un décès au village des gouttes comme des larmes tombent de l'arbre.

Voilà, mes enfants, l'histoire de la Fille Baobab qui n'avait pas voulu être charitable …

 

 

 

 

Le Bébé de la cigogne

 

Il était une fois une jeune femme qui attendait un bébé. Pendant des années le couple n'avait pas réussi à avoir d'enfant. Cette nouvelle remplissait la famille et tout le village d'une joie immense. Un matin alors que le mari était parti travailler il a fallu conduire la jeune maman à l'hôpital car elle ressentait les premières contractions. Le soir venu le mari rentre à la maison… Il apprend bien sûr que sa femme vient d'accoucher ! Il court à l'hôpital les bras remplis de cadeaux… En entendant la voix de son mari qui approchait de la chambre elle décide de lui faire une petite plaisanterie… Elle prend le bébé et va le cacher derrière la maternité ! Le mari rentre dans la chambre et demande : " Le bébé, où est le bébé ? "

- " Quel bébé ? Il n'y a pas de bébé ici ! "

- " Mais on m'a dit que tu avais accouché d'une jolie petite fille… arrête de te moquer de moi, il y a un bébé… je le sais. "

- " C'était pour te faire une plaisanterie, je vais aller te la chercher ta fille…"

Elle retourne à l'endroit où elle avait déposé le bébé et horreur… le bébé avait disparu.

En effet pendant l'absence de la maman le bébé pleurait très fort… et une cigogne qui passait par-là, s'approcha de lui et décida de l'emmener dans son nid !

Les parents, les matrones, les amis… tous recherchent le bébé, sans résultat ! Alors la jeune femme et son mari décident d'aller consulter tous les marabouts du village… Tous dirent que leur bébé était dans un arbre et l'un des marabouts disait savoir dans quel arbre était le bébé et comment on pouvait le récupérer.

- " C'est le plus gros arbre du village, mais il faut d'abord aller chez le forgeron pour qu'il vous forge une grosse hache afin de pouvoir abattre l'arbre. "

Ce qui fut fait.

Tout le village se rassemble alors pour participer à la coupe et assister à la chute de l'arbre. Après quelques heures d'efforts l'arbre vacille et semble prêt à tomber.

On entend alors la voix d'une petite fille qui chante :

- " bouro-o ibèla bantan boïla bouro, "

et la cigogne de répondre :

- " aboula aya boï-o bouro. "

Ce qui veut dire :

- " Cigogne ils veulent faire tomber ton arbre "

- " Laissez-les l'abattre. "

A ce moment précis l'arbre se redresse et se reconstitue entièrement.

La foule n'en revient pas.

Les parents retournent vite voir le marabout et lui expliquent ce qui vient de se passer.

Le marabout dit :

- " Alors il vous faut d'abord tuer la cigogne ! "

Le papa aidé par les hommes du village, après maintes ruses pour approcher l'animal, parvient à l'attraper et à lui trancher le cou.

Les hommes reprennent l'abattage de l'arbre.

Après quelques heures d'efforts l'arbre vacille… On entend alors la voix d'une petite fille qui chante :

- " bouro-o ibèla bantan boïla bouro, "

et la dépouille de la cigogne de répondre :

- " aboula aya boï-o bouro. "

Une fois encore l'arbre se redresse et se reconstitue entièrement.

La foule est totalement médusée…

Reprenant leurs esprits les parents retournent une fois encore voir le marabout et lui exposent la situation. Le marabout leur dit : " Alors il vous faut brûler les restes de la cigogne ! "

Le papa s'exécute aussitôt. Il fait un grand feu et jette dans les flammes le cadavre de la cigogne.

Les hommes entreprennent pour la troisième fois, l'abattage de l'arbre.

Après quelques heures d'efforts l'arbre vacille… On entend alors la voix d'une petite fille qui chante :

- " bouro-o ibèla bantan boïla bouro, "

et les cendres de la cigogne de répondre :

- " aboula aya boï-o bouro. "

L'arbre se redresse de nouveau et se reconstitue. La foule ne comprend plus et certains commencent à prendre peur.

Les parents retournent voir le marabout et lui disent que les cendres de la cigogne ont chanté et que l'arbre s'est reconstitué une quatrième fois. Le marabout leur dit :

- " Alors il vous faut jeter les cendres de la cigogne dans le marigot. "

Le père va chercher les cendres et va les jeter dans le marigot le plus proche.

Pour la cinquième fois les hommes se remettent au travail. Après de nouvelles heures d'effort l'arbre vacille… On entend de nouveau la voix d'une petite fille qui chante :

- " bouro-o ibèla bantan boïla bouro, "

mais la cigogne ne répond pas et l'arbre s'écroule dans un grand fracas et dans un nuage de poussière qui mettra plusieurs heures à se disperser.

Au milieu d'un amas de branches, allongée dans le nid de la cigogne et protégée par un matelas de plumes les parents retrouvent leur petite fille saine et sauve… souriante, parée de bijoux et d'habits magnifiques. La petite fille grandit comme toutes autres petites filles du village, devenant au fil des jours de plus en plus belle. Par contre aucun villageois ne savait, sauf son père et sa mère, qu'elle se rendait chaque jour, discrète et solitaire, près du marigot pour y déposer des fleurs en chantant doucement… " n'na ilé " - " maman montre-toi ", elle espérait toujours voir revenir sa mère… la cigogne.

Et ma grand-mère terminait toujours l'histoire en disant en guise de moralité : " Il ne faut jamais cacher les bébés derrière la maternité… "

Quelle drôle d'idée !

 

 
 

 

La Lentille

 

Il était une fois un homme qui possédait pour seule richesse une lentille !

Un jour, alors qu'il voulait se rendre à la ville, il prit sa lentille et souhaita la confier à sa voisine le temps de son absence.

- " Cachez-la où vous voulez, lui dit elle, et partez tranquille, vous la retrouverez à votre retour. "

Mais la voisine avait une poule qui trouva la lentille et la mangea. A son retour l'homme chercha en vain sa lentille. La voisine s'excusa :

- " Je suis désolée, ce doit être ma poule qui a mangé votre lentille, elle n'était sans doute pas bien cachée ? "

- " Qu'à ceci ne tienne dit l'homme donnez-moi votre poule et n'en parlons plus. "

Quelques jours plus tard voulant se rendre de nouveau en ville, l'homme souhaita confier sa poule à une autre voisine le temps de son absence.

- " Mettez-là dans ce coin à côté de la soue du cochon, vous la retrouverez à votre retour. "

Mais le porc dévora la poule et à son retour l'homme ne retrouvant pas son bien se mit très en colère et obligea la pauvre femme à lui donner son porc en échange !

A quelque temps de là l'homme voulut s'en retourner en ville et souhaita confier son cochon à une autre voisine.

- " Mettez-le dans l'étable à côté de la vache vous le retrouverez à votre retour. "

Vous devinez ce qui arriva… A son retour le porc avait disparu et la femme ne voulant pas d'histoire lui fit cadeau de sa vache.

Une quatrième fois, il fit garder son bien par une autre voisine :

- " J'avais attaché votre vache à la clôture mais cette nuit les hyènes l'ont mangée, " dit-elle en pleurant.

- " Tu mens, dit l'homme, et si tu ne me donnes pas une écuelle pleine d'argent je vais porter plainte à la maréchaussée... "

- " Mais je suis veuve et n'ai pas de fils pour m'aider, " répliqua la pauvre femme.

- " Alors donne-moi ta fille, " dit l'homme.

Aussitôt il prend le fillette, la met dans un sac et part en courant pour aller tout droit jusqu'à la case d'une vieille qui possédait beaucoup d'argent.

- " Voulez-vous me garder ce sac, demanda-t-il à la vieille, je dois me rendre en ville, je le reprendrai demain ; prenez-en grand soin car il contient des choses précieuses; s'il disparaissait toute votre fortune ne suffirait pas à me rembourser. "

- " N'ayez crainte, répond la vieille je veillerai, sur ce sac comme si c'était un de mes enfants... "

A peine avait-il tourné les talons que la fillette ayant reconnu la voix de sa grand'mère, l'appela : " Mémé, mémé je suis votre petite fille, je suis enfermée dans ce sac, délivrez-moi ! "

Aussitôt délivrée la petite fille raconta comment l'homme avait fait pour en faire sa prisonnière.

- " Ne t'inquiète pas mon enfant, lui dit sa grand-mère, nous allons nous venger. "

A quelques heures du retour de l'homme - qui pensait bien avoir fait fortune car il ne doutait pas un seul instant que la petite fille allait s'échapper - la vieille dame met un chien errant dans le sac.

L'homme arrive à la case, reste perplexe devant le sac qui semblait bien toujours enfermer la petite fille :

- " Ça gigote là-dedans, dit-il. "

- " C'est tel que vous me l'avez laissé, répondit la vieille dame ; "

L'homme s'approcha… et à peine avait-il ouvert le sac que le chien bondit, lui tranche le nez d'un coup de dents et s'enfuit en courant…

- " Au zecours ! au zecours ! criait l'homme, ce zien m'a manzé le nez… au zecours ! au zecours !… "

Et l'homme quitta les lieux sans demander son reste…

- " Que ceci lui serve de leçon… " marmonna la vieille dame en serrant sa petite fille dans ses bras.

 

La morale de cette histoire c'est que même si on est la dernière des fripouilles on trouve toujours plus fripouille que soi !

 

  

 

Djilan

 

Il était une fois une jeune fille qui s'appelait Djilan. Elle vivait avec son père et sa marâtre ; sa mère était morte en la mettant au monde. Sa tante (c'est ainsi qu'elle appelait sa marâtre) ne l'aimait pas. Elle obligeait Djilan à faire les travaux domestiques les plus ingrats. La pauvre enfant, harassée de fatigue, devait le soir aller dormir avec les chiens et se lever le lendemain matin en même temps que les coqs.

Un jour Djilan et sa marâtre partent dans la brousse pour ramasser du bois mort…Elles ramassent beaucoup de branches qu'elles mettent en fagots et attachent solidement afin de pouvoir les porter sur la tête. La marâtre aide Djilan à hisser son fagot sur la tête mais pour gerber le sien personne n'était là pour l'aider… Djilan, son fagot en équilibre sur la tête, n'y pouvait rien. La marâtre avait beau tempêter : " Tu n'es bonne à rien, aide-moi donc " Djilan ne pouvait que répondre : " Mais ma tante si je vous aide je perds mon fagot et à votre tour vous ne pourrez plus m'aider ! "… " Tu es une incapable " maugrée la marâtre qui cherchant comment sortir de cette difficulté aperçoit au pied d'un arbre un énorme serpent lové sur le sol. Elle s'approche de lui et lui demande doucement pour ne pas que Djilan l'entende :

- " Peux-tu m'aider à gerber mon fagot ? "

- " Que me donnes-tu en échange ? " demande le serpent,

- " Je te donnerai ma fille ! " répond la marâtre,

- " Mais comment la reconnaîtrai-je ? " demande le serpent,

- " Elle porte un bracelet d'argent au bras gauche " souffle la marâtre.

(C'était un bracelet que sa mère lui avait mis au bras à sa naissance juste avant de mourir.)

Le serpent se redresse et l'aide à ajuster son fagot sur la tête et les deux femmes ainsi équipées s'en retournent au village.

Le soir venu, la marâtre propose à Djilan de sortir jouer avec ses copines. C'était bien la première fois qu'elle avait cette permission. La jeune fille remplie de joie va rejoindre ses amies et elle joue et danse à en perdre haleine… Lorsque soudain le serpent apparaît…

Il se redresse et demande en chantant:

- " Qui est Djilan ? " Personne ne répond…

Le serpent insiste :

- " Qui est Djilan ? " Personne ne répond.

Le serpent ajoute toujours en chantant :

- " Je la trouverai, c'est la jeune fille qui a un bracelet d'argent ! " Toujours pas de réponse. Alors le serpent se déplace lentement et se dresse tour à tour devant chacune des jeunes filles et repose inlassablement la question :

- " Es-tu Djilan ? "

- " Non ! Ce n'est pas moi… " répond effrayée chacune des jeunes filles…

Arrivé devant Djilan il remarque le bracelet d'argent à son poignet…

- " Tu es Djilan… ta mère t'a donnée à moi en récompense du service que je lui ai rendu… " et sans plus de cérémonie il ouvre son énorme gueule et avale la jeune fille toute vivante…

Les jeunes filles affolées s'enfuient chacune de son côté sans oser dire l'horrible événement dont elles venaient d'être le témoin.

Le père de Djilan inquiet de ne pas voir sa fille rentrer à la maison, part à sa recherche. Ne trouvant plus personne dans les rues du village il frappe à la porte du marabout et lui demande conseil…

- " Sais-tu où je peux retrouver ma fille ? "

- " Elle est dans le ventre du serpent… c'est ta femme qui lui en a fait don en échange d'un petit service " répond le marabout.

- " Ce n'est pas possible… et que puis-je faire ? " demande le père de Djilan…

- " Il te faut trouver le foie d'une hyène, le broyer et le donner à manger à ton épouse afin qu'elle meure… alors tu prélèveras le foie de ton épouse et tu le donneras à manger au serpent que tu trouveras en train de digérer à la sortie du village… puis tu devras donner à boire au serpent toute l'eau qu'il voudra… c'est le seul moyen de récupérer ta fille ! "

Le père se met en quête d'une hyène parmi la meute qui chaque soir errait à proximité du village, la tue et lui prélève le foie.

Puis il prépare un breuvage avec le foie pilé, breuvage qu'il fait absorber à sa femme prétextant qu'il s'agit d'un élixir qui lui permettra de devenir très riche…

A peine quelques minutes après avoir absorbé le breuvage la marâtre rend l'âme et le père de Djilan avec le foie prélevé sur la morte prépare un breuvage qu'il s'empresse d'aller porter au serpent qui comme lui avait dit le marabout digérait à la sortie du village…

A peine le serpent eut-il absorbé le breuvage qu'il fut pris d'une terrible soif et qu'il demanda au père de Djilan de lui apporter toute l'eau qu'il pourrait…

Toute la nuit le père de Djilan apporte de l'eau au serpent… Il vide les canaris les uns après les autres… le serpent a toujours soif… il boit, il boit, il enfle, enfle tellement qu'il ne peut plus remuer mais il a encore soif… Le père de Djilan puise l'eau des puits et l'apporte au serpent toute la nuit durant… Le serpent enfle toujours il n'est plus qu'une énorme outre pleine d'eau… soudain il aperçoit les épines d'un acacia si près de la peau de son ventre qu'il crie aux épines de partir… mais les épines n'entendent pas le cri du serpent et petit à petit l'une d'elle pénètre dans la peau tendue du serpent qui d'un seul coup explose et rend toute l'eau absorbée aux puits d'où elle venait et aux canaris où elle avait été prélevée. Dans les jaillissements d'eau Djilan est expulsée du ventre du serpent et gît sur le sol, inanimée… Son père la croyant morte la porte dans ses bras jusque chez le marabout pour lui dire que tous ses efforts n'avaient servi à rien puisque Djilan était morte…

- " Prends le foie du serpent… lui dit le marabout et donne-le à manger à Djilan, elle se réveillera. "

Le père de Djilan dépeça le serpent, préleva le foie, le broya et le fit absorber à Djilan qui dès la première bouchée se réveilla et adressa à son père le plus beau sourire qu'un père ait jamais vu sur les lèvres de sa fille.

 

 

Le prince Fakkoly

 

Il était une fois un jeune Prince qui succédant à son père, voulait disait-il, " mettre de l'ordre dans le Royaume " !

Tous les maux dont souffrait le Royaume étaient selon lui dus aux mauvais conseils de ces vieillards séniles et incapables qui formaient le Conseil des Sages et conseillaient le Roi...Il les fit donc mettre à mort et pour faire bonne mesure il ordonna d'exterminer tous les autres vieillards du Royaume ! Pour assurer cette basse besogne il fit appel aux jeunes gens qu'il galvanisa par des discours enflammés…et la promesse d'une belle récompense !

Le massacre dura des jours et des jours, ceux qui se cachaient étaient recherchés et une fois capturés conduits sur la place publique pour y être suppliciés et mis à mort.

Cependant malgré tout leur zèle à obéir au Prince les jeunes sicaires ne purent se résoudre à tuer un vieux sage, un très vieil homme qu'ils affectionnaient pour sa bonté sa sagesse et l'aide qu'il apportait aux plus démunis. Ils décidèrent de le cacher et de prendre soin de lui autant qu'ils le pourraient.

Après avoir rendu compte au Prince de l'achèvement de leur sinistre tâche… celui-ci les félicite et les récompense grassement comme il avait été promis… mais il leur assigne trois autres nouvelles missions !

- " Je vous donne deux jours pour bâtir une montagne de crème de jujube, pour m'apporter un chameau sans bât et une jeune femme vierge que j'épouserai et qui me donnera un enfant de moi dès le lendemain ! Pour cela je vous promets une forte récompense , mais si vous ne réussissez pas vous serez exécutés ! "

Les jeunes gens ne dirent mot… ils n'osaient pas manifester, leur désarroi devant cette requête qui leur paraissait irréalisable et surtout face au sort qui leur était promis s'ils échouaient!

Ils quittent le palais et sans réfléchir davantage se mettent en quête sans tarder de ce qui leur paraît possible de réaliser… Donc dès le soir, allant de village en village ils recueillent toute la crème de jujube qu'il leur est possible de trouver et en font un énorme tas ; puis ils achètent un chameau sans bât, trouvent dans le dernier village visité une jeune femme vierge que les parents consentent à donner en mariage au Prince - avec la promesse d'une forte récompense - et tard dans la nuit se réunissent pour réfléchir à la façon de résoudre l'épineuse question de l'enfantement… Mais rien ne vient… Alors ils décident d'aller dès l'aube demander conseil au vieil homme qu'ils avaient sauvé du massacre !

Le lendemain quand les premiers rayons de soleil caressèrent le tas de crème de jujube, celui-ci se mit à fondre, mais à fondre à une vitesse vertigineuse ! Et plus le soleil montait dans le ciel plus la fonte était rapide et inexorable ! C'était une véritable catastrophe…

- " Allons vite demander conseil au vieil homme nous avons maintenant deux énigmes à résoudre ou pour nous c'est la mort assurée ! "

Le vieillard les reçut avec un large sourire, il savait déjà quelles étaient les exigences du Prince et savait que les jeunes gens seraient incapables de réussir les missions qui leur avaient été données.

- " Ne vous affolez pas, dit le vieillard, comme le Prince vous l'a demandé amenez-lui le chameau que vous avez acheté, enduisez-le de boue et recouvrez le tout de fruits de jujubier… quant à la jeune femme, laissez-moi lui parler quelques instants… ensuite vous pourrez vous rendre chez le Prince sans crainte… "

Fort soulagés, les jeunes gens respectant le délai de deux jours, rapportent au Prince le fruit de leur quête : un chameau recouvert de crème de jujube et une jeune femme vierge capable d'engendrer dès le lendemain… Aïe ! Comment cela pouvait-il se faire ?

Le Prince très heureux de recevoir tout ce qu'il avait demandé, récompense largement les jeunes gens et demande à la jeune femme de lui " faire " un enfant pour le lendemain !

C'est alors que la jeune femme se met à hurler comme prise des douleurs de l'enfantement… Le Prince surpris lui demande affolé : " Que se passe-t-il, pourquoi ces hurlements ? "

- " Je suis malade, répond la jeune femme, et si je ne mange pas les grains d'un épi de maïs semé d'hier, je vais mourir ! "

Le Roi pris de panique demande à son messager d'aller quérir auprès de la population cet épi de maïs qui devait sauver la jeune femme.

Le peuple surpris d'une telle demande décide, malgré sa peur, de faire savoir au Roi qu'une telle requête est impossible à satisfaire…

Prenant conscience de la difficulté devant laquelle il se trouvait, le Roi demande à la jeune femme s'il n'existait aucun autre remède qui puisse la guérir… car sans doute ému par sa beauté, il ne voulait pas perdre déjà une si belle princesse…

- " Mais si on ne trouve rien qui puisse te guérir que va-t-il se passer ? "

- " Si tu ne peux me donner un épi de maïs semé de la veille comment veux-tu que je te donne un enfant pour demain alors qu'il n'a pas encore été conçu ? "

 

Et le prince comprenant enfin sa folie de répondre : " Je vois que tous les vieillards n'ont pas été exterminés ! "

 

 Un vieillard assis voit plus loin qu'un enfant debout !

 

  
 

 

L'apprentissage de la sagesse

 

 Il était une fois un jeune garçon dont le sérieux et le grand sens de l'observation avaient été discernés par le chef du village… Ce chef qui était un sage, avait réussi à convaincre les parents de l'adolescent de l'envoyer dans un village éloigné pour qu'il puisse être initié par un vieux maître dont l'enseignement était particulièrement remarquable et remarqué depuis de longues années.

Après bien des palabres les parents consentent à se séparer de l'adolescent qui pourtant rendait grand service à la famille.

A son arrivée chez le maître celui-ci lui dit :

- " Si tu veux bien apprendre, ne pose pas de question, observe et tu auras toi-même la réponse ! "

Quelques jours après son arrivée, le maître lui annonce qu'ils allaient faire tous les deux un petit voyage.

Dès le lendemain aux premières lueurs de l'aube ils prennent la route et après quelques heures de marche s'arrêtent dans un village.

Ils s'approchent d'une femme qui puisait de l'eau au puits. Le vieux maître lui demande très aimablement de leur tirer un peu d'eau pour étancher leur soif car la marche avait été longue et le peu d'eau qu'ils avaient emportée avait été bue depuis longtemps. La femme lui répond d'un ton acariâtre et méprisant:

- "Vous êtes accompagné par un jeune garçon dans la force de l'âge et vous osez me demander de puiser de l'eau pour vous ? Débrouillez-vous vous-même ! "

Le maître dit alors à son jeune élève :

- " Aide cette femme à tirer son eau et porte sa bassine jusque chez elle. " L'apprenti très étonné par l'attitude de son maître s'exécute et ne dit mot.

Après s'être reposés une nuit les deux voyageurs reprennent la route et arrivent bientôt à l'entrée d'un autre village.

Ils y rencontrent un très vieux monsieur, très grand, très maigre, aux cheveux blancs, accompagné d'un jeune garçon qui devait être son petit-fils tant la ressemblance était frappante ! Après les salutations d'usage les deux voyageurs demandent s'ils peuvent avoir un peu d'eau et à manger. Le vieux monsieur répond d'un ton acerbe :

- " Moi je suis pauvre, j'ai perdu mes enfants et de plus je dois m'occuper de celui-là qui est une charge car il ne sait rien faire de ses dix doigts; il n'est même pas capable de m'aider à réparer ma maison qui a souffert des dernières intempéries ; allez chercher ailleurs votre pitance ! "

Le vieux sage s'adresse alors à son élève et lui dit :

- " Enlève tes vêtements de voyage pour ne pas te salir, mets la vieille chemise qui est au fond de mon sac et viens m'aider à retaper cette maison. "

Le jeune garçon ne comprenant pas que l'on puisse rendre service à quelqu'un qui vous reçoit si mal et n'osant toujours pas poser de questions, revêt la vieille chemise de travail et aide son maître à réparer la maison.

Après avoir terminé les réparations sous les yeux ébahis du vieillard, nos deux voyageurs reprennent la route… Il faut avouer que le jeune élève ne savait plus trop vers quelle destinée son maître l'emmenait !

Après avoir cheminé quelques kilomètres, à proximité d'un nouveau village ils aperçoivent un enfant se débattant dans un mare d'eau boueuse à proximité du puits ! La mare devait être profonde car l'enfant ne semblait pas pouvoir reprendre pied. A l'évidence il était en train de se noyer ! Notre jeune élève veut se précipiter pour porter secours à l'enfant, mais le vieux maître l'arrête en le prenant par le bras et lui dit d'un ton sans réplique:

- " Non petit il nous faut continuer notre route, il se fait tard et nous devons rentrer chez nous ! "

De retour à la maison… le sage dit à son élève :

- " Maintenant tu peux me poser toutes les questions que tu voudras, mais je sais quelles sont ces questions et je vais les poser moi-même et y répondre. "

- " Pourquoi avons-nous aidé cette femme qui n'a même pas voulu nous donner un peu d'eau et pourquoi t'ai-je demandé de l'aider à porter sa bassine jusqu'à sa maison ? "

- " C'est que cette dame attend un bébé et qu'elle ne le sait pas et que cet enfant va devenir quelqu'un de très important qui va beaucoup aider ce village et si elle avait dû faire l'effort de porter elle-même cette bassine elle aurait perdu son enfant. "

- " Pourquoi avons-nous réparé la maison de ce vieillard qui nous a si mal reçu ? "

- " Si nous avons réparé cette maison c'est que les parents du petit ont caché de l'or dans les murs et que si les fissures s'étaient encore élargies avec le temps, le vieux aurait découvert cet or et en aurait profité au détriment de son petit-fils. "

- " Et pourquoi n'avons-nous pas sauvé ce jeune garçon de la noyade ? "

- " C'est parce que ce garçon serait devenu un infâme assassin qui aurait tué son père et sa mère et deux de ses meilleurs amis. "

Tu vois les choses ne sont pas toujours ce qu'elles semblent être. Pour bien les comprendre il faut observer et se taire. Si tu veux être un sage ne dis jamais que tu sais parce que si tu dis ne pas savoir on t'apprendra, par contre si tu dis savoir on ne t'apprendra pas… L'apprentissage vois-tu, dure toute une vie.

 

L'enfant abandonnée

 

Il était une fois une jeune mère, veuve, qui devait élever seule sa fille… son unique enfant ! Dieu l'avait voulu ainsi ! Mais cette enfant de santé fragile dépérissait de jour en jour… Dieu le voulait ainsi !

Cette enfant était si maigre, son teint était si blafard que tout le monde s'éloignait d'elle la soupçonnant de pouvoirs maléfiques ! Sa mère était désespérée, elle ne savait plus quoi faire pour que son enfant recouvre la santé ; tous ses soins étaient inefficaces et son esprit commençait à se troubler… si bien qu'un jour elle décida d'abandonner sa fille ! Un matin elle prit l'enfant et partit loin, très loin dans la brousse. Quand elle fut arrivée loin, très loin, hors de tout regard, elle déposa l'enfant sur le sol… puis elle s'enfuit sans un mot sans un regard et revint seule au village riant et pleurant à la fois… Une sorte de folie la gagnait. A l'entrée du village, passant près du puits, elle y prend un crapaud le met dans le pagne qui avait porté sa fille et dit que ce crapaud serait son enfant puisque sa fille était partie. Elle élèverait ce crapaud chez elle afin qu'il pile, comme l'aurait fait son enfant, son petit mil pour sa bouillie !

La petite fille abandonnée dans la brousse ne resta pas longtemps seule… elle avait été délaissée tout près du lieu où habitent les génies et ceux-ci avaient tout vu de la scène et après quelques palabres décidèrent de prendre soin de l'enfant… Non seulement ils lui firent absorber un breuvage secret qui lui redonna force et beauté, mais ils accordèrent à l'enfant le droit de se rendre chaque jour chez sa mère à la seule condition de ne pas se faire voir ! Il fallait bien que la mère expie son forfait… et les génies étaient trop heureux d'élever une si belle jeune fille !

Donc tous les matins la mère qui avait installé le crapaud dans sa case, lui donnait un peu de mil pour qu'il le pile pour elle. La jeune fille, venant chaque matin voir sa mère sans être aperçue d'elle, comprit que sa pauvre maman sombrait dans la folie en donnant au crapaud un travail qu'il ne pouvait à l'évidence accomplir. Elle décida donc de venir jusqu'au seuil de la maison, de prendre le mil, d'en ôter le son, de le réduire en farine et de le disposer pour sa mère. Lorsque celle-ci revenait elle se réjouissait en disant : " si j'avais gardé cette enfant toute maigrelette jamais elle n'aurait fait le travail que le crapaud accomplit pour moi. " Les jours passent. Chaque matin la femme donne du mil au crapaud, chaque matin la jeune fille vient de la brousse lointaine où sont les génies et pile ce mil avec un soin tout particulier.

Un jour une vieille femme… une de ces vieilles qui fouinent partout et finissent par tout savoir, s'en vient au moment où la jeune fille se mettait à piler. Elle ne dit rien et rentra chez elle. Mais dès le lendemain n'y tenant plus elle alla trouver la mère de l'enfant et lui dit : " Ma chère amie tout ce mil que tu donnes à ton crapaud ce n'est pas lui qui le pile. La petite fille malade que tu es allée perdre dans la brousse est devenue grande et belle à faire peur et c'est elle qui vient le piler et t'en disposer la farine. " La mère de la jeune fille n'avait pas oublié ce qu'elle avait fait, comment elle s'était débarrassée honteusement de son enfant, mais elle n'arrivait pas à croire que cette enfant-là ait pu devenir grande et belle et que c'était elle qui venait chaque jour lui piler son mil ; il lui fallait le voir pour le croire ! Dès le lendemain matin elle dépose son mil à l'endroit habituel, installe une natte le long du mur, se cache derrière et attend ! Au milieu de la matinée au moment où la chaleur commence à monter, la jeune fille arrive légère et resplendissante. Ne voyant personne elle s'approche, trouve le mil comme chaque jour, le prend et commence à le piler. Elle le pile, le réduit en poudre et en fait une belle farine qu'elle tamise. A peine avait-elle terminé que sa mère sortant de sa cachette se jette sur elle pour l'embrasser, mais la jeune fille plus leste s'échappe vivement et s'enfuit dans la brousse où elle resta cachée à jamais parmi les génies.

La mère recouvra ses esprits mais se lamenta tout le reste de sa vie d'avoir un jour abandonné son enfant.

Si difficile que soit un enfant qui peut savoir ce qu'il deviendra en grandissant?

 

 

L'Homme et la Tortue

 

 

Tié, l'Homme, et Couto la Tortue sont de vieux amis, tellement amis qu'ils se comportent comme Oncle et Neveu ! À la chasse, à la pêche, aux champs, on les voit toujours ensemble. Ce jour-là, Tié a très faim. Il décide d'aller manger chez sa tante qui habite au bord de la rivière, à deux marigots de marche.

- " Couto, mon Neveu, veux-tu venir avec moi ? " demande t-il à la Tortue.

- " Où irons-nous, Oncle Tié ? "

- " Accompagne-moi chez ma Tante. Là nous trouverons de quoi manger, mais il te faudra rester tranquille car ma Tante est très susceptible ! "

- " J'essaierai d'être très sage mon Oncle. "

Au premier chant du coq ils se mettent en route. Ils marchent toute la journée sous un chaud soleil avant d'atteindre le village. On vient à leur rencontre ; ils sont chaleureusement accueillis. Quelle joie ! Après les salutations on conduit les deux compagnons dans la case réservée aux étrangers, on avance des sièges et la conversation s'engage.

- " Vous devez être affamés, dit la Tante de Tié, j'ai justement préparé un plat de termites pilés, vous allez vous le partager. "

- " J'adore ça ", s'écrie Tié qui a l'estomac dans les talons.

- " Moi aussi j'adore ça ", dit Couto.

Tié a vraiment une faim de loup. Il est prêt à dévorer n'importe quoi. Aujourd'hui, il a vraiment de la chance car son régal absolu est justement un plat de termites pilés ! Après avoir jeté un coup d'oeil sur le plat amené par sa Tante, Tié n'y tient plus. Tant de bonne choses qu'il faudrait partager ? Comment faire ?

Il lui vient alors une idée.

- " Tu ne peux pas manger avec des mains aussi sales, dit Tié à Couto, va te laver les mains dans le marigot ! "

Obéissante, la Tortue se rend au marigot le plus vite qu'elle peut. Pendant ce temps là, Tié se met à table et commence à manger… C'est absolument délicieux !

- " Ça y est, je me suis lavé les mains, " s'écrie Couto à son retour.

- " Mais tu n'as pas fait attention, regarde… tu as ramassé de la poussière sur le chemin du retour. Tes mains sont encore sales, retourne au marigot ! "

La pauvre Tortue décontenancée repart… Et Tié continue à manger goulûment ! Il renvoie ainsi Couto, trois… puis quatre fois de suite au marigot ! Mais la Tortue comprend vite le manège… à chaque retour elle voit le plat de termites diminuer et qu'il ne va bientôt plus rien lui rester ! " Il m'envoie au marigot pour pouvoir manger tout le plat, il ne va rien me laisser… " pense t-elle.

Et sans crier gare… elle se dresse sur les pattes de derrière et se laisse tomber de tout son long dans le plat ! Splatch !...

- " Mais que fais-tu ? " hurle Tié, qui ne comprend rien de ce qui arrive !

Reprenant ses esprits, voyant la Tortue recouverte de sauce et ne voulant rien perdre de la précieuse préparation de sa Tante, voilà qu'il entreprend de lécher la Tortue des pattes à la tête ! Il lui lèche la carapace. Glop ! Il lui lèche une patte, puis l'autre patte. Glop ! Puis la queue. Glop ! Puis le ventre. Glop ! La Tortue se laisse faire… Puis Tié entreprend de lui lécher la tête… Mais là, dame Tortue de son bec puissant attrape la langue de Tié et la pince jusqu'au sang !

- " Aïe ! Aïe ! Tu me fais mal, s'écrie Tié. Arrête ! Lâche-moi, je te donnerai le reste de la sauce. "

- " Je m'en fiche de ta sauce, tu as voulu me tromper tant pis pour toi ! Je veux que tu me transportes à la rivière !

Tié n'a pas le choix, il court vers la rivière la Tortue toujours suspendue à sa langue. Il entre dans l'eau jusqu'aux genoux en gémissant de douleur.

- " Je n'en peux plus, je t'en prie… "

- " Va plus loin… Avance encore un peu… Entre dans l'eau jusqu'au cou, après nous verrons… " Lance la Tortue.

Tié obéit. Dès que la Tortue baigne tout entière dans l'eau elle lâche prise, se laisse entraîner par le courant et disparaît. C'était la fin d'une amitié.

 

Voilà pourquoi depuis ce jour, certaines Tortues sont fâchées avec l'Homme et préfèrent vivre loin de lui… dans l'eau.

 

La Chèvre et la Gazelle

 

C'était aux temps anciens où les animaux cultivaient la terre pour se nourrir. La Chèvre, mère de deux chevreaux, exploitait un magnifique petit potager où poussaient, bien entretenus, des légumes indigènes du pays Houssa : du Sosso, du Gombo, du Koutia (oseille de Guinée), du Diakalo (aubergine africaine), des Oignons, du Manioc, de la Patate et bien d'autres légumes nécessaires à une saine alimentation.

Un beau matin la Chèvre surprit la Gazelle dans le potager, pourtant bien clôturé par des branches d'épineux, en train de cueillir tout ce qui lui plaisait.

- " Hé Baréwa, que fais-tu dans mon potager ? Crois-tu que c'est un coin inculte de la brousse, où l'herbe pousse à l'état sauvage ? Ne vois-tu pas que mon potager est clôturé ? "

- " Nous les nomades, gens de la brousse, nous ne connaissons aucune clôture, répond la gazelle, tout ce qui est herbe, nous le mangeons. La Terre et tout ce qui pousse dessus appartiennent au Bon Dieu, qui nous a tous créés et a mis ces nourritures à notre disposition. "

- " Sors de mon potager, répliqua la Chèvre, ou bien je te fais sortir à coups de cornes ".

- " Je ne sortirai que lorsque je serai rassasiée, dit la Gazelle, et puis rien ne me prouve que ce potager t'appartient ! "

L'affrontement devenait inéluctable !

Les deux bêtes en viennent aux cornes…

Le combat était à son paroxysme lorsque le Chacal vint à passer par là. Il faut savoir qu'à cette époque le Chacal, en cas de disette, se faisait volontiers herbivore !

- " Eh ! Pourquoi vous battez-vous ainsi ? dit-il aux deux adversaires, arrêtez-vous et dites-moi ce qui vous oppose ! "

Prenant le Chacal pour juge, chacune à son tour donna sa version des raisons de la querelle… Après avoir écouté les deux parties, le Chacal déclare :

- " Madame la Chèvre, rentrez chez vous auprès de vos enfants et revenez demain matin. Je rendrai alors mon jugement. "

La Chèvre rentra chez elle, mais flairant quelque manigance entre le Chacal et la Gazelle, elle imagina un stratagème pour éviter d'être la dupe de l'affaire.

Elle invita le Chien à manger. Elle lui prépara un plantureux repas et pendant qu'il se remplissait l'estomac, elle lui conta par le menu, ses malheurs avec la Gazelle et ses soupons sur la partialité du juge !

Effectivement pendant ce temps-là, le chacal s'entendait avec la gazelle… lui promettant tout le potager ou du moins une bonne part !

Le lendemain matin, de très bonne heure, accompagnée du Chien, la Chèvre vient au rendez-vous ! Ni le Chacal, ni la Gazelle n'était encore là ! Elle récolta tout le Niébé qui lui restait, en fit en grand tas et y cacha le Chien ! Puis arrivent le Chacal et la Gazelle… et sans un mot le juge entreprend le partage de la récolte en commençant par le tas de niébé… Une poignée pour la Chèvre, neuf poignées pour la gazelle, une poignée pour la Chèvre, neuf poignées, pour la gazelle, une… " Mais, ce n'est pas juste, s'écrie la Chèvre !" Imperturbable le juge continue le partage… mais le tas diminuant il aperçoit les oreilles du chien et change alors de tactique… une poignée pour la gazelle, neuf poignées pour la Chèvre, une… " Mais ce n'est pas juste, s'écrie à son tour la Gazelle, je proteste ! " Le Chacal un peu décontenancé par la présence du Chien ne sait trop comment faire… prend son air le plus important et déclare : " Je vois la vérité dans ce tas de niébé ! " Il n'eut pas le temps d'en dire plus… le chien lui saute à la gorge et le tue puis il fait subir le même sort à la gazelle.

 

La Chèvre recouvre alors son bien !

 

Ce conte voyez-vous, illustre les abus dont sont victimes les cultivateurs et les petits exploitants spoliés par les mauvais chefs, les nomades pillards et les usuriers !

 

La Perdrix, le Lièvre, et les Marchands de Sel,

 

Il y a longtemps, très longtemps, à une époque où les bêtes parlaient encore…. les animaux vivaient en communauté comme le font aujourd'hui les hommes. Toutes leurs activités étaient menées dans la solidarité. Dans les périodes dures et les moments difficiles, ils se concertaient, discutaient, échangeaient leurs idées ; la franchise, l'honnêteté, l'entraide régnaient entre eux.

Mais un des leurs, San le Lièvre, très rusé, était réputé pour son habileté à jouer des tours fâcheux à son entourage, ce qui le mettait un peu en marge de cette société animale.

Cette année-là, une grande famine s'installa chez les animaux. Jamais on n'avait vu autant de bêtes mourir de soif et de faim. Seuls les hommes trouvaient à se nourrir sans peine, car ils possédaient des champs et des réserves.

Ne trouvant rien plus rien à manger, le Lièvre et la Perdrix décidèrent d'imiter les hommes. Ils s'engagèrent à cultiver un champ, l'un à côté de l'autre ils s'attelèrent à la tâche. Cette résolution commune fut accomplie avec beaucoup d'entrain. Du lever au coucher du soleil, nos deux compagnons s'évertuaient, se hâtaient, rivalisaient et cette concurrence poussait chacun d'eux à faire davantage. Lorsque des difficultés se présentaient à l'un ou à l'autre, ils tenaient conseil et trouvaient ensemble la solution au problème. Ils se donnèrent beaucoup de peine mais à la saison nouvelle, la récolte fut abondante, merveilleuse pour tous. Comblés de joie et de bonheur, ils songèrent à agrémenter leurs repas. Pour cela ils décidèrent d'aller à la conquête du sel. Mais comment faire ? Où trouver le sel ? Comment l'obtenir ? Telles étaient leurs inquiétudes. Après réflexion, la Perdrix s'exclama : " J'ai une idée dit-elle, nous irons attendre les marchands de sel qui vont au marché voisin. Tu te cacheras dans les buissons non loin de la route. Quand les marchands arriveront, je ferai la blessée et lorsqu'ils me verront ainsi, ils déposeront leurs marchandises et tenteront de m'attraper. Je me traînerai de l'aile et les obligerai à s'éloigner de leurs charges. Tu en profiteras pour cacher au loin les fardeaux de sel qu'ils auront laissés sur la chaussée. " Le lièvre ne se fit pas prier, car il reconnut la valeur de l'idée avancée. Mais une autre idée lui tourna derrière la tête : celle de tromper sa partenaire et de bénéficier pour une grande part du fruit de leur stratagème.

Ainsi dit, ainsi fait. Et notre lièvre malin, pendant l'opération, cacha les faix en deux endroits différents une grosse part d'un côté et une plus petite de l'autre. Puis à la fin de la manœuvre, il présenta la plus petite part à la perdrix qui ne fut pas dupe des actes de son ami aux grandes oreilles ! Elle réfléchit un long moment et déclara : " Je vais d'abord goûter ce sel avant que nous l'emportions dans nos familles pour un partage équitable. Les marchands de sel " dioula " sont, dit-on, de grands sorciers. N'exposons pas nos familles respectives au moindre danger… Si ce sel est empoisonné et que je meurs, alors porte la nouvelle à ma famille." À ces mots, elle s'empressa de porter un cristal de sel à son bec ! Aussitôt elle se mit à hurler et à battre des pattes et des ailes : " Aïe ! Aïe ! Sales marchands, je suis morte, au secours ! Sauvez-moi ! Ce sel est empoisonné ! "

Et notre malheureux lièvre, n'eut pas le temps de réfléchir. Pris de panique, il se mit à courir dans tous les sens, puis rapporta près de la perdrix la partie du sel qu'il avait dévoyé, en criant : " Voilà ton sel ! Voilà ton sel ! Voilà ton sel ! Pardon d'avoir voulu te berner ! " Puis, tout penaud, il se sauva vers son gîte... sans plus de cérémonie.

Dame Perdrix alors se releva, mit de l'ordre dans son plumage et emporta le butin.

 

Voilà une histoire qui vous montre qu'il ne faut pas vouloir berner autrui, et que bien mal acquis ne profite jamais !